Earth Overshoot Day : une Saint-Valentin particulièrement onéreuse au Luxembourg !

Earth Overshoot Day : une Saint-Valentin particulièrement onéreuse au Luxembourg !

Selon la méthodologie établie par le Global Footprint Network, le Luxembourg aura épuisé ce 14 février, toutes les ressources à sa disposition pour l’année 2023. C’était le 15 février en 2021 et déjà le 14 en 2022.

Selon la méthodologie établie par le Global Footprint Network, le Luxembourg aura épuisé ce 14 février, toutes les ressources à sa disposition pour l’année 2023. C’était le 15 février en 2021 et déjà le 14 en 2022.

Comment le Luxembourg et ses habitants vivront-ils donc les 320 jours restants ?

Devront-ils, devrons-nous nous serrer la ceinture sur notre alimentation, notre chauffage, l’utilisation de nos écrans et nos voitures, nos loisirs et nos voyages ? Apparemment non. Comme l’indique l’avancée de la date d’un jour supplémentaire en seulement deux ans, les habitants du Luxembourg continueront selon leurs habitudes qui les conduisent à émettre entre 15,5 et 20 tonnes de CO2 annuelles (suivant l’origine nationales ou internationales des statistiques).

« Si l’on doit trouver un coupable à notre empreinte si élevée, c’est notre pouvoir d’achat, pointe Thomas Gibon, chercheur au List (Luxembourg Institute of Science and Technology). La corrélation entre niveau de vie et empreinte carbone a été prouvée maintes et maintes fois : de fait, plus on est riche, plus on a une grande maison, un grand nombre de voitures (et d’appareils digitaux), une alimentation carbonée, plus on achète de produits de consommation, de voyages en avion, de meubles, de vêtements ou d’articles de sport. »

Et comment nous tous, consommateurs d’un pays particulièrement riche (où le PIB/ habitant est parmi le plus élevé du monde), faisons-nous pour dépenser des ressources naturelles qui ne sont plus disponibles sur le territoire national ? Nous les prélevons ailleurs, principalement dans les pays à faible revenus, confisquant ainsi aux plus pauvres des ressources dont la perte peut leur être fatale : « les 10 % les plus riches sont responsables de la moitié (48 %) des émissions mondiales de CO2. Le 1 % le plus nanti entraîne même à lui seul 17 % des rejets carbonés, soit davantage que la moitié la plus pauvre de la population, qui est responsable de 12% des émissions. Ce top 1% est responsable d’un quart de la croissance des émissions entre 1990 et 2019 » explique une étude sur les inégalités climatiques publiée le 31 janvier et coordonnée par Lucas Chancel avec Thomas Piketty.

Selon ces économistes réunis par le Laboratoire sur les inégalités mondiales (World Inequality Lab), un institut de recherche rattaché à l’Ecole d’économie de Paris et à l’université de Californie à Berkeley, « revoir la fiscalité mondiale, notamment en taxant les plus riches, permettrait à la fois d’accélérer la lutte contre le réchauffement et celle contre la pauvreté. »

Lorsque la moitié la plus pauvre émet seulement 1,4 tonne d’équivalent CO2 par personne et par an, le 1 % de la population mondiale la plus privilégié émet 101 tonnes (le top 10 %, en émet 29 tonnes, contre 6 tonnes pour les classes intermédiaires), selon les chiffres avancés par Lucas Chancel, qui prennent en compte à la fois la consommation de biens et services et les investissements. Or, pour conserver une chance de limiter le réchauffement climatique à 1,5°C à la fin du siècle, il faudrait réduire l’empreinte carbone à 1,9 tonne par personne en 2050.

Dans le même temps, « la moitié la plus pauvre de la population mondiale endure 75 % des pertes de revenus liées aux impacts du changement climatique (inondations, sécheresses, glissements de terrains, ouragans…, NDLR), tout en ayant le moins la capacité financière pour agir (faibles infrastructures publiques, pas d’accès aux assurances… NDLR), : seulement 3 % des capacités de financement alors que les trois quarts sont concentrées dans les mains des 10 % les plus aisés ».

Face à ces données et ces faits, nous ne pouvons plus tergiverser sur la question de notre redevabilité, ni de la responsabilité des pouvoirs publics d’un pays dont les piliers de prospérité reposent sur un pouvoir d’achat globalement très élevé (malgré l’émergence de personnes précaires de plus en plus nombreuses), levier d’une consommation destructrice de la biodiversité et prédatrice des ressources des plus vulnérables.

C’est bien le sens de l’appel lancé par le Conseil supérieur pour un développement durable et rallié par SOS Faim « Dans le moment crucial que représente cette année d’élections, le Conseil lance un appel solennel à toute la société luxembourgeoise à faire pression sur la politique, et aux partis à prendre leurs responsabilités pour pallier l’urgence climatique, environnementale et sociétale. Il est impératif que la politique prenne enfin – à la hauteur des enjeux climatiques, de biodiversité et d’inclusion sociétale – la mesure des changements qui s’opèrent et mette en œuvre concrètement les instruments pour relever ces défis. »

Car, conclut le rapport du Laboratoire sur les inégalités mondiales, «  Réduire l’empreinte carbone du sommet permettrait ainsi de libérer un budget carbone pour sortir les gens de la pauvreté ».

SOS Faim Luxembourg

Communiqué
Publié le lundi 13 février 2023
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