La plateforme digitale du bois local

La plateforme digitale du bois local

Matériau biosourcé localement, le bois fait partie des éléments-clés d’un mode de production durable et est d’ailleurs une composante stratégique du plan national intégré énergie-climat au Luxembourg. e-Holzhaff a été développé afin de créer un instrument à long terme pour commercialiser davantage de bois local sur le marché intérieur. Interview de Ralf Köhler, Wood Cluster Manager chez Luxinnovation GIE.

Quelle est l’origine d’e-Holzhaff ?

« L’intérêt croissant pour la construction écologique va de pair avec une demande accrue en bois. Dans le même temps, les goulots d’étranglement des livraisons sur les marchés européens et internationaux et la demande de plus en plus forte de produits en bois étrangers entraînent une hausse des prix et une raréfaction de cette ressource.

Dans ce contexte, la plateforme e-Holzhaff joue un rôle primordial car elle apporte davantage de flexibilité au marché régional et rend le bois local plus accessible. Elle permet en particulier aux clients nationaux – commerçants, artisans, producteurs de bois, etc. – de se voir proposer des produits en bois locaux qu’ils auraient des difficultés à se procurer autrement, voire qu’ils ne trouveraient pas du tout.

Une étude sur le potentiel de bois de valeur issu de la production forestière, réalisée en 2019 pour le compte de l’Administration de la Nature et des Forêts, est à l’origine de la création de cette plateforme. Elle a révélé que la quantité annuelle de bois de valeur disponible au Luxembourg était d’environ 3.800 m³. Le bois de feuillus en particulier, notamment de hêtre, est actuellement difficile à vendre au niveau local et régional. Dans le cadre de cette étude, un marché virtuel du bois a été développé, qui a été le point de départ d’e-Holzhaff. Cette plateforme permet d’identifier rapidement les matières premières disponibles, notamment les grumes et de proposer des étapes de transformation ultérieure par des entreprises régionales. »

Pourquoi est-il important dans une démarche d’économie circulaire (que ce soit dans la construction, l’ameublement ou tout autre domaine où le bois peut être utilisé) de choisir le bois comme matériau, notamment le bois local ?

« Le bois est un élément central dans les efforts et les objectifs stratégiques d’une économie circulaire au Luxembourg. La promotion régionale de l’utilisation en cascades du matériau bois, par exemple par l’utilisation du potentiel local de bois brut dans le secteur de la construction, ou le recyclage du bois non pollué issu de la déconstruction, fonctionne comme un puits de carbone à long terme.

En tant que matériau biosourcé, le bois stocke du CO2 lors de sa croissance et même si de l’énergie est consommée lors de la transformation, le bilan climatique est meilleur que celui des matériaux de construction traditionnels.
Le Luxembourg souhaite se concentrer davantage sur les matériaux de construction biosourcés afin de réduire l’impact climatique du secteur de la construction. Cependant, il est important que seuls des matériaux de construction produits de manière durable soient utilisés et que les forêts déjà endommagées par le changement climatique soient protégées (par exemple en utilisant un label FSC ou PEFC).

La repousse des arbres est un puits de carbone à long terme, et ces puits sont essentiels si nous voulons atteindre nos objectifs climatiques. Mais nous ne parlons pas seulement de bois : l’herbe, la paille, le miscanthus ou le chanvre poussent très rapidement, peuvent être récoltés chaque année et, par exemple comme matériau d’isolation, stockent le carbone pendant des décennies.
Économiquement, les matériaux biosourcés sont très intéressants. En plus de la protection du climat, les chaînes régionales de valeur de la construction en bois peuvent également être étendues. Le secteur de la construction est également soutenu afin de former les entreprises du bâtiment et les artisans à la manipulation des matériaux biosourcés. »

Quel bilan faites-vous 6 mois après le lancement de la plateforme ? A-t-elle eu le succès escompté ?

« À la mi-mars 2023, 5.500 utilisateurs avaient accédé au portail, dont environ 87 % provenaient du Luxembourg et environ 13% de la Grande Région. Parallèlement, environ 120 comptes utilisateurs ont été créés, dont environ un tiers étaient des entreprises et deux tiers des particuliers. Les annonces actuelles fluctuent, il y a un total de 50 offres et demandes début janvier.

La plateforme est actuellement en phase de test pour évaluer son acceptation au sein de l’industrie. Luxinnovation agit comme un catalyseur et un promoteur pour le lancement du portail. Compte tenu de l’orientation à long terme et des ajustements réglementaires nécessaires, tels que la simplification du système d’attribution du bois public, l’obligation renforcée d’une utilisation du bois en cascade et l’accent mis sur l’utilisation locale du bois feuillu, le succès de la plateforme peut être confirmé à ce jour.

Il est toutefois envisagé de confier la gestion opérationnelle de l’e-Holzhaff à un ou plusieurs partenaires, soit privés, soit en coopération public/privé, qui pourront garantir la réussite à long terme de ce projet. »

Quelles sont les conditions d’accès (en tant que vendeur ou acheteur) à la plateforme ?

« Les conditions d’accès sont très simples. Pour le moment, les vendeurs et les acheteurs ont un accès gratuit à la plateforme. Publier des annonces, des demandes ou des services est techniquement très simple, cela se fait en quelques clics.

La publication d’annonces est également gratuite et les utilisateurs interagissent librement. e-Holzhaff est donc accessible à tous et ouvert à l’ensemble de la société. »

Des développements sont-ils prévus pour la plateforme ?

« Les activités sur la plateforme se développent lentement mais sûrement. Le portail est actuellement étoffé de manière à ce que les lots d’enchères et les soumissions publiques de bois puissent y être placés.

La possibilité de placer sur e-Holzhaff des parcelles boisées mixtes, qui font référence à plus d’une espèce d’arbre, est en cours de mise en œuvre. Ceci s’applique également aux petites unités de vente de grumes destinées au marché local immédiat. Il est prévu du côté de la forêt publique que les quotas de issus des soumissions annuelles de l’État soient également publiées sur e-Holzhaff. Cependant, lorsqu’il s’agit de l’attribution directe de grumes individuelles ou de petits assortiments de bois ronds de la forêt publique, les réglementations légales nécessaires font toujours défaut. Cela sera corrigé avec la nouvelle loi forestière. Il s’agira d’une base essentielle pour le fonctionnement du portail.

Il y a aussi des métiers qui souhaiteraient élargir le portail aux produits en bois régionaux, comme le bois de construction, les meubles ou les matériaux à base de bois, car il y a là aussi un manque de transparence sur la disponibilité et de visibilité sur le marché régional. Luxinnovation étudie actuellement ces exigences et est en contact étroit avec les entreprises de la filière bois luxembourgeoise et les institutions, notamment l’Administration de la Nature et des Forêts. »

D’ailleurs, la plateforme en a-t-elle inspiré d’autres du même genre qui pourraient voir le jour, par exemple pour d’autres matériaux ?

« La structure modulaire de l’e-Holzhaff est facile à développer et ses fonctionnalités peuvent être complétées par d’autres matériaux, pour les bio-ressources en général. Comme déjà mentionné, il est envisageable d’utiliser d’autres produits du bois ou même du bois recyclé, pour une utilisation en cascades. Surtout si c’est introduit dans une nouvelle utilisation des matériaux, dans le cadre du recyclage circulaire. Par exemple, des panneaux de bois mis au rebut ou des charpentes de toiture non contaminées peuvent être réutilisés pendant une période prolongée. Il existe une demande potentielle de la part de fournisseurs, par exemple des entreprises de construction et de démolition, ainsi que de clients tels que des installateurs et des architectes innovants. De plus, la loi luxembourgeoise modifiée sur les déchets de 2022 a renforcé le cadre juridique pour cela et considère le recyclage des ressources en bois biogénique comme un élément central d’une économie circulaire.

Luxinnovation développe actuellement une plateforme ‘Déconstruction’ avec des entreprises sélectionnées du secteur de la planification et de l’élimination. Cela signifie principalement un lieu de stockage physique pour les matériaux de déconstruction biosourcés et non biosourcés. L’e-Holzaff peut également jouer un rôle ici. Surtout lorsqu’un lieu de négoce ou d’échange numérique de matériaux de déconstruction doit être proposé via une offre étendue.

L’orientation interrégionale joue également un rôle croissant. Il y a des demandes de la Grande Région pour étendre la portée de l’e-Holzhaff à la Wallonie, la Lorraine, la Rhénanie-Palatinat et la Sarre. À partir de 2024, ces possibilités sont à approfondir dans le cadre du programme Interreg VI Grande Région. Cela a du sens car le flux de bois ne s’arrête pas aux frontières nationales et la coopération économique européenne est particulièrement forte dans l’industrie nationale du bois. »

Propos recueillis par Marie-Astrid Heyde
Photo de Ralf Köhler : Luxinnovation
Extrait du dossier du mois « Circul’ère »

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Publié le jeudi 30 mars 2023
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