Au Luxembourg, le trafic Internet émet 9 à 16 tonnes de CO₂ par heure

Au Luxembourg, le trafic Internet émet 9 à 16 tonnes de CO₂ par heure

Bien qu’impalpable, le numérique a une lourde - et négative - empreinte sur l’environnement. En créant des sites web écoresponsables, Nicolas Leiritz, co-fondateur de l’agence créative Moloko aux côtés d’Olga Starokaznikova, participe au développement d’un univers digital plus responsable.

Comment un site internet peut-il avoir une empreinte carbone ?

Il faut garder en tête qu’un site internet doit être stocké quelque part. Plus un site est lourd (en mégabits ou gigabits), plus il y a besoin d’espace pour le stocker. D’où les immenses centres de données, remplis de serveurs informatiques, qui doivent être alimentés en électricité et refroidis avec de l’eau (voir photo ci-dessous).

L’Internet dans son ensemble émet 830 millions de tonnes de CO₂ par an, soit l’équivalent de l’aéronautique. Et ce chiffre augmente d’année en année. Au Luxembourg, le trafic Internet, c’est 9 à 16 tonnes de CO₂ émises par heure.

Pourquoi s’intéresse-t-on peu à l’empreinte carbone du web ?

Déjà, on réfléchit à la question du numérique durable et responsable depuis une petite dizaine d’années seulement. Avant, cette problématique n’était pas envisagée lors de la création d’un site web.

Il y a peut-être aussi une volonté de pousser à la consommation. Quand on vend un téléphone par exemple, on vend aussi du stockage. Quand la mémoire de l’appareil arrive à saturation, il faudra acheter de l’espace de stockage.

Chez Moloko, vous proposez, entre autres, la création de sites web « éco-responsables ». Comment faites-vous pour créer un site web avec une empreinte carbone plus faible ?

Il faut commencer par bien le concevoir en amont puis programmer proprement. C’est-à-dire faire le code du site de A à Z et ne pas se servir de templates ou d’autres systèmes d’aide à la création de sites en ligne. Concevoir un site dans son entièreté, c’est pouvoir le rendre le plus efficient possible. Le but final est d’avoir un fonctionnement qui utilise le moins d’énergie possible.


« Chacun peut participer à la réduction de l’empreinte carbone du numérique, ne serait-ce qu’en épargnant des données sur son stockage. Nettoyer ses mails, réduire le poids de ses photos ou tout simplement ne pas garder des photos en double a un impact immédiat. »

Nicolas Leiritz, Moloko

Par exemple, lorsqu’un site web fait une requête (c’est-à-dire une demande envoyée au serveur pour qu’il effectue une action), celle-ci va être transmise en passant par des câbles marins, des satellites… forcément , cela consomme de l’énergie. En diminuant le nombre de ces requêtes, on diminue les émissions. Un calcul récent a établi que sur 5 ans, nous avons pu épargner entre 10 et 20 tonnes de carbone.

L’écoresponsabilité d’un site web ne repose pas exclusivement sur les compétences du programmeur. Il est par exemple possible de réduire de plus de 90% le poids d’une photo sans diminuer sa taille ou sa qualité avec un traitement très simple. Ce sont ces efforts qui, cumulés, font la différence en termes d’économie de carbone.

Et vous partagez cette expertise au sein de l’initiative Grénge Web.

Moloko n’est pas une agence green, nous ne vendons pas d’écologie. Nous sommes une agence créative et nous agissons en tant que citoyens responsables, autant au niveau social qu’environnemental.

Nous travaillons avec l’asbl Emweltberodung Lëtzebuerg (EBL), à l’origine de l’initiative Grénge Web. La mission est d’encourager une approche durable de l’internet et du numérique. Dans ce projet, l’association Autisme Luxembourg a développé un logiciel permettant de mesurer l’empreinte environnementale d’un site web.


« Le but de Grénge Web est que la programmation écoresponsable devienne une norme chez toutes les agences qui proposent la création de sites web. »

Nicolas Leiritz, Moloko

Avec cet outil, on peut savoir exactement combien de CO₂ émet un site et combien d’eau il consomme. En fonction de ce résultat, une note qui va de A à G lui est attribuée – c’est un peu comme le système du Nutri-score. Si le logiciel attribue la note A ou B, le site obtient le label « Grénge Web ». Il existe aussi le label « Grénge Effort » pour les entreprises qui ne parviennent pas à atteindre cet objectif, mais qui y travaillent sérieusement.

Un site plus écoresponsable est-il par conséquent moins fonctionnel ou moins esthétique ?

Il n’y a absolument aucune différence visuelle entre un site « classique » et un site écoresponsable. En tant que créatifs, nous aimons faire des sites avec des designs ou animations percutants... des sites qui ont une forte personnalité ! Et toutes les fonctionnalités habituelles restent possibles. Un site écoresponsable est même souvent plus rapide, puisqu’il est censé être plus propre dans sa programmation et exiger moins de données.

Les nouvelles technologies, plus puissantes et plus efficaces, consomment plus d’énergie – on pense notamment à l’IA. Selon vous, est-il possible d’allier innovation technologique et durabilité ?

Nous ne pourrons pas freiner le développement de ces nouvelles technologies. Cela pose un réel problème d’éthique, parce que tout est effectivement très énergivore et socialement cela va faire des dégâts, les métiers de la création ne seront pas épargnés.

Nous sommes très sensibles à ces sujets, ce sont des discussions que nous menons régulièrement avec nos clients et les autres personnes que l’on rencontre. Nous utilisons de plus en plus régulièrement l’IA, mais nous veillons à bien choisir nos fournisseurs, car c’est aujourd’hui un véritable enjeu géopolitique.

Propos recueillis par Léna Fernandes
Photos : Picto

Extrait du dossier du mois « Évolution techno-logique ? »

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Publié le mardi 25 mars 2025
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